Présentation du programme de recherche

Le programme de recherche associé à l’économie homéostatique (EH) organise, sous une forme exploitable par la recherche académique, l’ensemble cohérent de problèmes ouverts que le Working Paper V1.0 rend explicites. Son ambition n’est pas de proposer un modèle institutionnel clé en main, mais de fournir un agenda scientifique structuré.

Ce programme repose sur un principe central : la soutenabilité ne peut être abordée uniquement comme un problème de correction marginale des systèmes économiques existants. Elle appelle une réflexion sur la structuration même des signaux, des règles et des rétroactions qui orientent les trajectoires macroéconomiques.

Programme de recherche (PDF)

Le problème fondateur

Quelles stratégies économiques permettraient d’assurer, pour les générations présentes et futures, une prospérité humaine compatible avec l’équilibre biophysique de la planète ?

L’économie homéostatique opère un déplacement fondamental : les contraintes biophysiques ne sont pas des objectifs normatifs ou des coûts à internaliser, mais des bornes structurantes à l’intérieur desquelles doivent s’inscrire les trajectoires économiques.

Ce changement de perspective conduit à reformuler les problèmes macroéconomiques en termes de mesure, de couplage et de dynamique, plutôt qu’en termes d’optimisation sous contrainte ou d’arbitrage entre objectifs concurrents.

Trois familles de problèmes interdépendants

Problèmes de mesure

Comment représenter l’état du système biophysique à une échelle pertinente pour l’analyse macroéconomique ? Sélection des dimensions biophysiques, construction d’indicateurs agrégés, prise en compte des seuils et irréversibilités, compatibilité avec des usages prospectifs et décisionnels.

Problèmes de couplage

Comment intégrer les signaux biophysiques dans les règles de coordination économique ? Traduction de signaux en contraintes ou incitations, articulation entre indicateurs environnementaux et instruments monétaires, gestion des délais et rétroactions, robustesse face aux erreurs de mesure.

Problèmes de dynamique et de trajectoires

Quelles dynamiques de long terme résultent du couplage entre exo-économie et endo-économie ? Nature des trajectoires compatibles avec une prospérité durable, existence de zones de viabilité, conditions d’apparition d’instabilités, capacité d’adaptation à des chocs.

Six chantiers de recherche ouverts

III.1 — Mesure et représentation de l’exo-économie

Définition et construction d’indicateurs exo-économiques. Questions de pertinence macroéconomique, de non-substituabilité, de gestion des effets transfrontières.

Disciplines : économie écologique, écologie, statistiques environnementales.

III.2 — Performativité et gouvernance des indicateurs

Effets performatifs des indicateurs structurant les mécanismes monétaires. Questions de contournement, de révision scientifique, d’articulation entre incertitude et décision.

Disciplines : sociologie de la quantification, économie institutionnelle.

III.3 — Construction de l’indicateur d’équilibre dynamique

Indicateur de second niveau agrégeant les indicateurs exo-économiques. Questions d’agrégation, de propriétés dynamiques, de robustesse face aux chocs et erreurs.

Disciplines : macroéconomie, systèmes dynamiques.

III.4 — Effets macroéconomiques du circuit monétaire

Circuit monétaire complet — création, distribution, circulation, destruction — corrélé à l’exo-économie. Questions d’effets combinés, d’impacts sur l’investissement et la répartition, de fonte monétaire et fléchage régénératif.

Disciplines : macroéconomie monétaire, finance.

III.5 — Trajectoires de transition et prospective

Scénarios de trajectoires compatibles avec les contraintes biophysiques. Questions de blocages structurels, de comparaison avec les cadres existants, de compatibilité conditionnelle.

Disciplines : économie, prospective, systèmes complexes.

III.6 — Simulation et dynamiques émergentes

Simulation comme outil central d’exploration théorique. Questions de niveaux de représentation, de comportements émergents, de critères de validité des résultats.

Disciplines : modélisation multi-agents, informatique.

Huit verrous scientifiques structurants

Les chantiers sont regroupés en huit verrous — des ensembles de problèmes interdépendants dont la résolution conditionne la cohérence du cadre. Pour chaque verrou, le programme distingue ce qui est posé, ce qui demeure ouvert, et ce qui est potentiellement réfutable.

V1 — Mesure de l’exo-économie

Posé

Contraintes biophysiques non substituables ; nécessité d’indicateurs exo-économiques construits.

Ouvert

Méthodes de sélection et de construction, traitement des seuils et irréversibilités, changements d’échelle.

Réfutable

Capacité des indicateurs à fournir une représentation pertinente et opérante pour l’analyse macroéconomique.


V2 — Performativité et gouvernance

Posé

Rôle central des indicateurs comme signaux structurants de la coordination macroéconomique.

Ouvert

Effets performatifs, risques de contournement, modalités de révision, articulation incertitude/décision.

Réfutable

Possibilité de concevoir des indicateurs orientant les trajectoires sans effets pervers dominants.


V3 — Indicateur d’équilibre dynamique

Posé

Indicateur de second niveau situant l’économie par rapport à une zone de viabilité.

Ouvert

Méthodes d’agrégation, paramètres, gestion des délais et non-linéarités.

Réfutable

Capacité de l’IED à produire des rétroactions cohérentes et à favoriser l’adaptation plutôt que la rupture.


V4 — Circuit monétaire

Posé

Monnaie comme interface opérationnelle ; circuit intégrant création, circulation, destruction et fléchage.

Ouvert

Effets combinés sur investissement, épargne, liquidité, répartition ; stabilité nominale et externe.

Réfutable

Capacité du circuit à orienter durablement les trajectoires sans oscillations ou instabilités majeures.


V5 — Trajectoires et transition

Posé

Analyse des trajectoires à l’intérieur d’une zone de viabilité.

Ouvert

Régimes dynamiques, blocages structurels, points de rupture, compatibilité conditionnelle.

Réfutable

Possibilité d’identifier des trajectoires de prospérité durable compatibles avec les contraintes biophysiques.


V6 — Simulation

Posé

Simulation comme outil central d’exploration.

Ouvert

Choix de représentation, comportements émergents, sensibilité aux paramètres, critères de validité.

Réfutable

Capacité des simulations à produire des résultats robustes et discutables plutôt que des démonstrations ad hoc.


V7 — Articulation macro-institutionnelle

Posé

Les mécanismes du cadre — mesure de l’IED, indexation monétaire, certification des Projets Régénératifs — supposent des conditions institutionnelles précises, identifiées dans le Working Paper sans que les formes institutionnelles correspondantes soient prescrites.

Ouvert

Architecture de gouvernance résistant à la capture (I1), modalités de transition depuis l’architecture monétaire conventionnelle (I2), compensation des perdants à court terme (I3), gouvernance internationale des préjudices biophysiques transfrontaliers (I4), critères de révision des pondérations de l’IED (I5)

Réfutable

La possibilité de maintenir un régime stable de règles monétaires couplées aux indicateurs biophysiques sur un horizon long, face aux alternances politiques et aux conflits distributifs (H3).


V8 — Effets systémiques et limites du cadre

Posé

Le Working Paper formule cinq conditions d’invalidation structurelle dont la réalisation falsifierait le cadre dans son ensemble. Il assume des limites méthodologiques explicites : absence de formalisation complète, statut exploratoire de certains paramètres, caractère hypothétique de la calibration empirique.

Ouvert

Effets systémiques non anticipés du couplage monétaire, contractions brutales induites par les seuils non linéaires de l’IED, effets comportementaux de l’indexation, limites épistémologiques de la simulation.

Réfutable

Cinq conditions — impossibilité de standardiser les indicateurs, instabilité produite par les rétroactions monétaires, conflits distributifs ingérables, capture systématique des dispositifs de mesure, vitesse d’irréversibilité biophysique supérieure à la vitesse de correction.


Dépendances logiques entre les verrous

Les six premiers verrous forment une chaîne de dépendance logique : la mesure de l’exo-économie (V1) conditionne la gouvernance des indicateurs (V2), qui influence la construction de l’IED (V3), dont les rétroactions se répercutent sur le circuit monétaire (V4) et déterminent les trajectoires macroéconomiques (V5), l’ensemble étant exploré par la simulation (V6).

Les deux verrous transversaux — articulation macro-institutionnelle (V7) et effets systémiques et limites du cadre (V8) — traversent l’ensemble de l’architecture : V7 interroge les conditions institutionnelles de viabilité de chaque mécanisme, V8 en explore les limites et les conditions d’invalidation.

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