Depuis la préhistoire, les êtres humains ont toujours eu un impact sur leur environnement, comme toutes les autres espèces, mais ce qui nous distingue est notre capacité à pouvoir adapter l’environnement à nos besoins et non l’inverse. Dans son livre “Harvest the biosphere : What We Have Taken from Nature“, le chercheur et analyste Vaclav Smil explique comment l’humanité a su non seulement modifier toute une planète, mais aussi se développer en récoltant une partie de plus en plus grande de ressources, donc de matière et d’énergie. Cette récolte sans limite a eu, d’après ses travaux, une influence non négligeable sur le vivant non humain en réduisant drastiquement la matière et l’énergie disponible pour ces derniers. En somme, notre développement s’effectue au détriment des autres espèces. Mais cela ne nous dit rien sur les causes qui génèrent notre capacité de récolte démesurée.

L’exosomatisation

En 1945, le mathématicien Alfred Lotka proposa le terme “exosomatique” pour définir la capacité de certains organismes vivants à étendre leurs organes à l’extérieur d’eux-mêmes (p.22 – 26) . Cette capacité, propre à certains animaux, permet l’utilisation et/ou la confection d’outils permettant d’améliorer certaines actions ou d’en permettre de nouvelles. L’être humain est l’animal ayant le plus développé cette capacité par rapport au reste du vivant. Celle-ci nous a permis de construire une multitude d’outils plus perfectionnés les uns que les autres, mais aussi d’accroître notre capacité à récolter des ressources de notre environnement.

Les outils, les constructions et plus généralement la technologie sont des exosomatisations qui nous permettent, par exemple, de concevoir des jambes déportées (chariot, bateau, voiture, avion), une peau et un système homéotherme déportés (vêtement, habitation), un système digestif déporté (l’utilisation du feu pour cuire les aliments), des moyens de communication déportés (télégraphe, fax, téléphone, internet, smartphone), des yeux déportés (torche, lampe, appareil photo, caméra), etc…

Plus nous développons notre exosomatisation, plus nos moyens technologiques se développent et plus nous avons besoin d’extraire des ressources de notre environnement. La conséquence de cette exosomatisation est une consommation d’énergie qui augmente nécessairement de pair avec l’étendue des technologies que nous fabriquons.

La croissance de la récolte

Depuis la préhistoire, notre besoin de ressource a constamment augmenté. Les nouvelles sources d’énergie utilisées au fil des millénaires nous ont permis d’augmenter considérablement notre capacité à extraire de la matière de notre environnement. Mais cela a un prix. Les travaux de Vaclav Smil, sur l’impact du développement humain, montrent une corrélation frappante entre notre consommation énergétique et l’impact de celle-ci sur les êtres vivants non humains. Plus l’humain se développe, plus le vivant décline.

A Ex Naturae, nous pensons qu’il n’y a aucune raison que cette consommation de ressources ne cesse en l’état actuel, car nous ne possédons pas de moyen de nous limiter. Les ressources étant “gratuites” à extraire, car nous ne payons ni la terre pour notre agriculture, ni les océans pour les poissons que nous y pêchons, ni les forêts que nous déforestons, nous n’avons qu’a nous servir jusqu’à épuisement des stocks et cela a toujours été ainsi. Que cela soit dans les économies de don des chasseurs cueilleurs ou dans des systèmes monétaires de toutes sortes, il n’y a jamais eu de limitation de notre capacité de captation de ressources. Et cela est problématique à bien des égards. Premièrement, pour la gestion des stocks de ressources non renouvelables qui ne peuvent que se raréfier ; ensuite, pour le renouvellement des ressources renouvelables, dont les cycles de renouvellement ne peuvent pas suivre une extraction infinie ; enfin, pour le vivant lui-même qui décline inexorablement et pour les diverses pollutions engendrées par notre développement.

L’économie comme limitation ?

L’économie pourrait être comparable à l’exosomatisation de nos métabolismes. En effet, l’économie nous permet de par son agencement, d’accélérer ou de ralentir notre consommation de ressources. Notre modèle économique actuel, fondé sur une croissance exponentielle, ne suit donc pas la “loi de croissance” des êtres vivants et cela est un problème majeur dont nous voyons les conséquences actuellement. Nous pensons donc, qu’un changement de modèle économique est indispensable afin de concilier la réalité économique, à la réalité physique et biologique. En ce sens, l’économie bio-intégrée propose un couplage entre notre économie humaine et le monde non humain, entre la réalité économique et la réalité physique.

Dans les prochains articles, le modèle économique sera expliqué de manière vulgarisée, afin que vous puissiez en comprendre les grandes lignes. Si vous souhaitez plus de détails, nous vous suggérons la lecture de la synthèse, disponible dans la partie “documentation” du site.

CC BY-NC-ND 2.0 / 2019-2020 Ex Naturae ONG

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